jeudi 27 août 2015

Andaluces de Jaén

La chaleur vous suffoque sitôt quitté le cocon protecteur de la voiture. Sur la place où se dresse l'hôtel les terrasses commencent à se remplir d'une foule bavarde attablée devant des rafraîchissements et des assiettes de tapas. La nuit vient de tomber, rapide. La progression de l'obscurité était au diapason de celle des voyageurs qui traversaient les faubourgs vers le centre de Jaén. Les larges avenues des quartiers modernes ont fait place aux rues de plus en plus étroites et escarpées du casco viejo. Les façades aussi ont changé de physionomie, plus petites, chaulées, elles s'ornent d'oriels ouvragés dont les jalousies laissent filtrer un peu de l'éclairage intérieur. De belles grilles chantournées protègent les autres fenêtres. Si d'aventure on en doutait, ces détails montrent bien que nous sommes en Andalousie.

Dans toutes les villes il y a des lieux offrant une vision originale. A Jaén il y a certes le parador situé sur le mont dominant la cité, mais au cœur même de la vieille ville la terrasse de l'hôtel Xauen émerveille le touriste curieux. Là, au septième étage du bâtiment, prolongeant un bar largement vitré on trouve une plateforme surplombant le vieux quartier. Si on se donne la peine de glisser son regard vers l'abîme on aperçoit des patios ombragés, des terrasses improvisées où, là, sèche du linge, là-bas, s'étalent chaises dépareillées et tables branlantes. Mais le spectacle le plus éblouissant nous est offert, d'une part par la masse imposante de la cathédrale qui découpe la silhouette baroque de ses deux tours surmontées de coupoles qui flanquent le galbe pesant de sa façade saint sulpicienne sur le ciel délavé, d'autre part par sa contrepartie sourcilleuse qu'est le château fort qui couronne la cime abrupte, dominant à la fois les quartiers profanes et les nombreux clochers des chapelles et églises de Jaén. Plus près, encadrant la place devant l'hôtel, les toits vernissés des immeubles en contrebas brillent avec éclat sous le soleil de plomb malgré l'heure matinale.

Il est onze heures et le soleil brûlant écrase la ville, impérieux. Nous avons rendez vous avec Ramón, notre guide. Pour l'heure, exceptionnellement il ne nous introduira pas dans les nombreuses églises et chapelles expiatoires de la cité, mais il nous convie à une promenade dans le temps et l'espace vers les bains maures. Nous errons parmi les façades chaulées de petits immeubles immémoriaux. Les rues, si étroites que nous devons nous pousser lorsqu'une voiture s'y aventure laborieusement, offrent une fraîcheur bienfaisante car elles sont à l'ombre pour quelques heures encore. Entre les îlots habités des percées exiguës partent à l'assaut de la montagne, en vertigineuses volées de marches abruptes. La distance entre les façades miséreuses est si faible que les linges multicolores des vis-à-vis se mêlent au moindre souffle d'air.   Autrefois quartier juif, il est possible de voir encore sur certaines façades, près de la porte d'entrée, l'étoile de David gravée sur la pierre calcaire.
Nous voici sur la parvis du Palacio de Villardompardo dont le sous-sol abrite les restes des bains maures. Construit au XVII éme siècle, les architectes du vaste bâtiment n'ont eu aucun scrupule à asseoir les fondations sur les nombreuses salles que comptent les bains. Aujourd'hui il est possible de se promener au gré des envies, passant de l'antichambre, où les utilisateurs pouvaient acquérir les produits nécessaires aux ablutions, vers les différents bains à travers les vestiaires. Les belles pièces recevaient le jour par de petites fenêtres percées dans la voûte cintrée. Un système ingénieux, mû par les officiants, permettait, en posant des verres colorés sur les petites ouvertures circulaires, d'obtenir des effets lumineux propres, selon les médecins de l'époque, à maintenir la santé et le bien-être des baigneurs. Contrastant avec le feu extérieur, ici règne une douce fraîcheur apaisante, tandis que l'épaisseur des murs protège des bruits de la cité. Et c'est à regret que le visiteur abandonne ces lieux, que son imagination peuple de fantômes bavards et rieurs.
Plus loin, remontant la rue à peine plus large que les précédentes se dresse l'église de la Magdalena. Largement plus ancienne que la cathédrale, elle a conservé l'appareil de maçonnerie arabe et la tour carrée classique dans ces contrées d'Al-Andaluz. Flanquée d'un cloître, elle s'ouvre sur la rue par un vaste porche cintré. Le passant peut alors, s'il a la chance que les lourds battants de bois patiné soient ouverts, admirer l'éclat azuréen d'une grande vasque qui orne la cour centrale, en contrebas de la terrasse donnant accès à la nef. Au long de notre chemin pour parvenir aux bains maures, nous avions déjà été frappés par le nombre de fontaines qui rythmaient notre progression. Cette profusion d'eau, contrastant avec l'aridité de la plaine environnante, s'expliquait d'après Ramón notre guide par les nombreuses sources que recelait le piton rocheux. Cette richesse étonnante avait conduit les premiers bâtisseurs de la ville à l'accrocher sur ces flancs abrupts, afin d'en bénéficier. Voilà aussi qui expliquait le nombre de villages perchés sur des pitons apparemment inhospitaliers que nous avions vus sur notre route la veille. Bien entendu, aujourd'hui l'extension considérable de la ville nécessite des ressources d'une autre taille.

Encore une fois la route poussiéreuse file au milieu des rangées d'oliviers gris vert. Peu à peu la Sierra jete ses monts abrupts comme des avant-gardes destinées à nous ralentir. Mais la route serpente obstinée entre les replis de plus en plus serrés et aigus. Au détour d'un virage plus large que les autres s'offre un magnifique point de vue. L'air de rien nous avons grimpé allègrement et l'esplanade aménagée sur un contrefort dévoile au loin Jaén tandis que notre regard plonge vertigineusement sur une pente presque verticale vers la mer d'oliviers, d'où émergent de ci delà la silhouette blanche d'un cortijo ou les pans ruinés d'un quelconque abri pastoral. Poursuivant l'ascension la route devient plus étroite, taillée entre des pans minéraux elle surplombe le lit asséché et rocailleux d'une rivière que l'on imagine tumultueuse après la moindre pluie d'orage. Enfin, après avoir traversé quelques tunnels creusés a même la roche nous atteignons la vaste étendue d'eau que retient un barrage à voûte de taille moyenne qui barre la vallée entre deux contreforts détachés de la masse rocheuse, tels les bastions d'une forteresse naturelle. L'exceptionnelle canicule qui a frappé l'Espagne quelques dizaines de jours plus tôt  a accentué les effets de la sécheresse. La surface du lac s'étale, miroir d'émeraude figé, plusieurs mètres au dessous des laisses, témoignant de la perte du précieux liquide. Cette retenue alimente Jaén et ses environs en eau. Porté par on ne sait quelle étrange nostalgie, Ramón laisse échapper "Comme quoi Franco a fait aussi de bonnes choses pour l'Espagne !" Et l'étranger perplexe, se souvient des milliers de prisonniers politiques assignés à des chantiers titanesque, au seul tort d'avoir cru à un monde humain où la Loi serait la même pour tous. Il imagine sans peine ces modernes esclaves, creusant avec des outils sommaires les tunnels qu'il a précédemment traversés. Il suppute le nombre d'entre eux qui dorment, anonymes, enterrés dans des fosses communes aujourd'hui oubliées. Tout cela pour la "grandeur" d'une Espagne éternellement figée dans le passé, et surtout pour la fortune des soutiens du régime dictatorial. Fort heureusement la vérité est toute autre, délaissé par le régime franquiste ce coin d'Andalousie s'est doté de ce réservoir vital au moment de la Transición, c'est à dire après la mort du dictateur.

mercredi 26 août 2015

Sur la route de Jaén


La route file, tantôt rectiligne, tantôt sinueuse, sous un soleil de plomb. Depuis Despeñaperros elle plonge inexorablement vers la plaine. La chaleur est étouffante et l'air vibre faisant ondoyer le paysage aride qui enchâsse le long ruban d'asphalte jusqu'aux crêtes abruptes, qu'attaquent imperturbables de longues rangées d'oliviers centenaires. Pour le voyageur d'aujourd'hui le massif de  Despeñaperros, frontière climatique invisible mais ô combien réelle entre l'Espagne européenne et l'africaine, est un banal tunnel routier qui engloutit la quatre voies. Pourtant il y a trente ans à peine on y suivait des camions asthmatiques, peinant à gravir les raides lacets qui escaladaient le massif. La fumée noire des échappements, les hoquettements des carcasses maflues aux fenêtres desquelles on apercevait des chauffeurs en marcel maculé de gazole, les hautes ridelles aux bâches salies, donnaient à voir une répétition du "Salaire de la peur". Et la voiturée frémissait, partagée entre peur et excitation lorsqu'un tronçon plus large permettait enfin de dépasser le véhicule traînant qui, avec courtoisie, frôlait l'abîme pour faciliter la manœuvre. 

La plaine, ou plutôt le plateau car on se situe entre 700 et 800 mètres, s'étire jusqu'à perte de vue, beige, striée de longues lignes d'un vert grisâtre. Les oliviers, par milliers, emplissent le paysage de leurs troncs torturés aussi loin que le regard porte. Au loin, quelque village aux maisons blanches se blottit contre un éperon rocheux. Mais la plupart du temps ce ne sont que longues colonnes d'arbres quadrillant cette terre aride. Parfois, un tracteur au travail soulève un large nuage de poussière grise dérivant vers la route pour finir sur les carrosseries des rares véhicules. De temps à autre la monotonie des champs d'oliviers est rompue par la présence d'une finca isolée au coeur de l'oliveraie. Alors, le voyageur s'étonne que l'on puisse vivre ainsi, perdu au milieu de nulle part, entouré de cailloux arides et d'arbres secs que nul animal ne semble fréquenter. De même, l'apparition d'une station service flanquée de son traditionnel restaurant dans ce vide humain semble incongrue. Et l'on se plaît à penser que si les moyens de transport ont changé depuis le seizième siècle, les antiques posadas qui offraient le couvert au voyageur et la ration de son à sa monture se sont adaptées. Ici la salle à manger sombre est fraîche, les plats simples sont encore ceux qui se mangeaient aux siècles passés. Si la cheminée a disparu, les jambons suspendus, l'odeur d'épice et de ragoût flotte toujours au dessus du long comptoir en bois brun derrière lequel l'aubergiste a troqué sa blouse sale contre le tablier noir des garçons de brasserie. 

Fidèles à la tradition, mais plus vraisemblablement aux conditions climatiques, les vastes espaces de la Mancha que traverse le voyageur sont plantés de centaines de troncs immaculés aux pales tournant paresseusement, comme engourdies par l'atmosphère torride. Mais contrairement à l'époque du "Chevalier à la triste figure" ce ne sont plus des régiments de moulins à vent produisant l'huile d'olive, seulement des champs d'éoliennes. Pourtant, de temps à autre, perchés au sommet d'un promontoire rocheux deux ou trois cylindres de pierre blanchie à la chaux, coiffés d'un cône de chaume délavé par les années, rappellent que ce fut une terre à moulins. Hélas, les voiles ôtées, révélant le squelette de bois des pales indiquent que désormais ces derniers vestiges d'une époque révolue sombrent lentement dans l'oubli. 

Soudain les crêtes isolées qui égayaient parfois la plate étendue poussiéreuse se transforment en une barrière rocheuse que la route longe. Nous voici arrivés près de la Sierra Morena. Bientôt nous dépasserons Valdepeñas quittant alors la Mancha pour l'Andalousie. Le paysage devient plus chaotique, sans parvenir à se débarrasser des oliviers. La plaine se resserre entre des monts escarpés et rocailleux. L'un d'entre eux se dresse presqu'isolé, couronné d'une citadelle menaçante. Contre son flanc pelé une ville blanche s'accroche, semblable aux antiques cités maures. Nous voici arrivés à Jaén.   

jeudi 2 juillet 2015

Jour de colère, le choix d'une couverture.


Il est là, semblant surgir de la droite du cadre. Peut-être à genoux ou assis sur une pierre. Est-il nu ? Couvert de cendres ? En tout cas son corps noueux semble émerger d’une tombe, les chairs de couleur ocre maculées de gris cadavérique. Hirsute, sa tignasse chenue encadre un visage aux yeux exorbités. Des yeux dont le regard fixe un point loin derrière vous. Des yeux hagards, concentrant en eux l’effroi le plus total. Il est seul à se détacher sur un fond à la noirceur mortelle. Seul ? Non, car il tient dans ses mains le cadavre d’un adolescent, sanguinolent, décapité et dont il dévore un bras. Ce tableau terrifiant de violence est le Saturne dévorant un de ses enfants, que Francisco de Goya peignit à même les murs de sa maison, la Quinta del Sordo, dans la périphérie de Madrid vers 1820. Une œuvre noire, une œuvre d’un pessimisme radical qui représentait peut-être l’allégorie de ce que venait de vivre l’Espagne durant les quinze dernières années : entre invasion napoléonienne, confrontation des libéraux aux Bourbons absolutistes et enfin intervention de la Sainte Alliance pour donner la victoire définitive aux Bourbons. Une guerre civile sans merci, qui préfigurait à un siècle d’écart le coup de force du national-catholicisme dont les bras armés s’appelaient Franco et la Phalange (ironie de l’histoire avec l’aide des mêmes parrains – l’Allemagne nazie et l’Italie [héritière de l’Empire Austro-Hongrois] intervenant directement, tandis que la France socialiste baissait pudiquement les yeux -).
Et la figure de Saturne qui émascula son père, rappelle métaphoriquement qu’un Pronunciamiento c’est d’abord l’abolition de la Loi comme instrument de l’équité et son remplacement par l’arbitraire du vainqueur. Parce que le Père dit la Loi et qu’il a pour fonction de la faire respecter. Mais, la Loi étant abolie, de même que Saturne avait privé son père, Uranus, de son pouvoir, n’importe lequel de ses propres enfants pouvait l’imiter. Il n’y avait pas d’autre solution que de les dévorer pour éviter leur trahison. Geste effrayant, dont même le dieu tyrannique conçoit de la terreur. Ainsi, le franquisme, terrifié à l’idée que son geste de violence fondateur ne se retourne contre lui, justifie-t-il ses plus abjects projets. Annihiler les enfants de la République est à la fois une nécessité vitale pour le tyran, mais aussi une façon d’exorciser sa propre infamie. Ogre qui se repaît non pour calmer une faim physique, mais une angoisse existentielle. Dévorer pour ne pas avoir à affronter les regards de ceux qui demanderont justice. Dévorer pour oublier le crime fondateur, le meurtre de la Loi.
Voilà pourquoi, il s’est très rapidement imposé que cette thématique du Saturne dévorant un de ses enfants était emblématique du roman Jour de colère, Dies Irae, Dies Illa. Mais la vision terrifiante de la scène que nous livre Francisco de Goya doit être médiatisée, transférée dans un contexte plus moderne. C’est à ce travail que s’est attelé le graphiste Jean Mosambi, aboutissant à la couverture que nous avons finalement retenue. La stylisation du personnage de Saturne, les résonnances des couleurs orange, fauve et noir, les ruptures entre police, casse et couleur du titre, tout cela induit une impression de dynamique fiévreuse. Et le geste saisi au moment irréversible où la victime tombe vers son destin, stylise la violence de l’acte.

C’est à l’érudition d’un ami très proche, Jean Marc, que je dois la découverte de ce tableau de Goya. En effet, je lui avais à peine envoyé pour lecture critique les quatre premiers chapitres du tapuscrit en cours de rédaction qu’il me faisait parvenir un petit mot accompagné d’une reproduction de cette œuvre. Cette image* m’a accompagné pendant le reste du travail, alimentant mon écriture au même titre que l’ambiance madrilène.

* visible à cette adresse http://www.defursen.com/Files/30781/Img/08/Francisco_de_Goya-Saturne_devorant_un_de_ses_enfants.jpg

lundi 4 mai 2015

Dies Irae, Dies Illa... quatrième enquête du commissaire Ney.

-->
Enfin! Voilà qu'après trois mois d'écriture intense et un mois et demi de relectures et corrections je viens de mettre un point final au récit d'une enquête plus que mouvementée dirigée par mon héros le Commissaire Ney en 2003. L'assassinat à Nancy de deux religieuses espagnoles le conduit à Madrid sur les traces d'un suspect, et le mêle à la mise à jour d'une affaire sordide qui a duré entre 1939 et 1986.

Novembre 2003. Par un mardi matin pluvieux, traditionnel en cette saison à Nancy, alors que le commissaire Ney allait entamer son petit déjeuner le téléphone a sonné. Jamais bon signe ça ! C'était Élodie, la brigadière assurant la régulation au Central, qui l'informait qu'un probable double homicide venait d'être découvert au Park Inn, un hôtel de qualité situé presqu'en face de la gare. Délaissant son café et l’appétissante assiette de fromages il se hâta vers l’hôtel situé à moins de cinq cent mètres de chez lui. Bien qu’aucune enquête ne soit de tout repos, celle-ci allait lui réserver bien des surprises et des moments désagréables. Elle lui donnerait l’occasion d’un court séjour à Madrid, où la rencontre d’un homologue espagnol serait d’un grand secours pour achever sa quête. Mais cela il l’ignorait encore tandis qu’il inspectait la scène de crime.

On associe davantage le meurtre de religieux à des pays où sévit la violence, notamment inter-religieuse. Certainement pas à la France. Et pourtant, ce matin de novembre il dut se rendre à l’évidence, dans une chambre d’hôtel en marge d’une assemblée générale de la congrégation des Filles de la Charité de Saint Lazare, deux d’entre elles avaient été tuées. Assassinat de deux nones octogénaires qui plus est. Si un policier comme Ney sait bien qu’il n’y a aucun lieu, aucun groupe humain exempt de haine, de convoitise ou de colère, il n’en demeure pas moins que lorsque cela touche des personnes isolées de la société et dont on peut penser que leur mission première est l’amour du prochain et le service aux plus démunis on perçoit inconsciemment une dissonance.
Qui pouvait leur en vouloir ? À qui avaient elles causé du tort pour que leur existence s’achève ainsi, loin de chez elles, dans l’anonymat d’une chambre d’hôtel ? Qui les avait tuées ? Un homme, une femme ? Un membre de la congrégation ? Un rodeur ou au contraire un étranger venu exprès pour accomplir ce forfait ? Un rendez-vous avec la Mort en somme. Quel sens pouvait avoir le maquillage si typique de la scène de crime ? Désignait-il le mobile du crime, ou était-ce une façon de nous aiguiller sur une fausse piste ? Beaucoup de questions auxquelles les autres membres de la congrégation semblaient soucieux d’éviter de répondre. Du secret de la confession au panégyrique de deux saintes femmes, tous les moyens étaient bons pour éluder les questions sans en avoir l’air. Pourtant tous les indices recueillis faisaient pencher plutôt pour un acte dicté par une colère froide, contrôlée, mais une colère implacable. Une sorte de jugement divin réalisé ce mardi matin-là. Malgré l’athéisme du commissaire, il lui revint en mémoire le passage de la messe des Morts qui s’intitule Dies Irae, dies Illa… Jour de Colère que ce jour-là où la Terre s’ouvrira et se lèveront les corps pour être Punis définitivement.
-->

Dies Irae, Dies illa… sortira en septembre 2015 chez Arcane 17 dans le cadre d'une célébration du 40 ème anniversaire de la mort du dictateur Franco.

mardi 10 mars 2015

Une veillée avec « des enquêtes pas comme les autres ».

-->

Ce n’était pas au 25 rue de la Grange-aux-Loups, comme dans la chanson de Barbara, mais rue des Cailles, au fond d’une impasse boisée. Déjà de nombreuses voitures étaient sagement rangées telles des pétales de fleurs sur la petite place circulaire qui clôt la voie d’accès. La nuit tombée, le ciel se constellait d’étoiles et l’air encore tiède de cette soirée de fin d’hiver était chargé de senteurs florales créant une atmosphère faussement printanière. À la porte nous fûmes accueillis par la truffe curieuse d’un beau Saint Bernard puis, accompagnés avec une vigilance amusée par deux des quatre chats de la maison, nous atteignîmes le salon où nous étions attendus.
La pièce est vaste, une cheminée où flambe un joyeux feu de bois réchauffe l’endroit. Deux canapés confortables et plusieurs chaises sont déjà occupés par les auditeurs. Sur la grande table des mugs et une assiette de gâteaux attirent la gourmandise, largement sollicitée par Anne qui organise la veillée. Le temps d’un café, ou d’une infusion, d’échanger quelques mots avec les uns ou les autres et voici que démarre la veillée.
Installée juste à côté de la cheminée qui rougeoie Christiane entame la lecture des extraits du roman qui ce soir est au centre des intérêts : À quoi rêvent les chats lorsque le printemps tarde ? La voix, posée, égrène les premières phrases dans un silence que ne troublent que les crépitements de l’âtre. Malgré la vive lumière, la douce chaleur qui irradie la pièce plonge chacun d’entre nous dans le récit qui se déroule. Ici la chaleur nous enveloppe, tandis que les personnages se meuvent dans une cité ducale recouverte par la neige de janvier. Un épais tapis qui nappe tout le décor, prolongeant la féérie de Noël, et réveillant nos songes d’enfants. Plus tard, le deuxième extrait balance la mort en plein milieu de notre groupe, et là ce n’est plus la neige douce et protectrice mais celle brûlante de glace, celant les pas des loups, que l’on craint soudain d’entendre hurler au-dehors. La mort rôde, invisible mais vigilante. Les extraits se suivent, décrivant des interrogatoires ou l’analyse d’une scène de crime.
À notre arrivée, les chats de la maison nous avaient fait l’honneur d’une visite rapide. Juste pour s’assurer que nous étions bien les invités et non de vils intrus. Puis ils sont allés vaquer à ces occupations mystérieuses et incompréhensibles pour les pauvres humains que nous sommes. Ils ont rejoint le lieu de leur méditation ou de leur guet. Qu’en savons nous, humains, de ce qui se passe dans leur crâne lorsque nous les voyons ainsi, allongés paresseusement, le regard perdu vers un horizon invisible à nos faibles yeux. Rêvent-ils ? Surveillent-ils des ennemis cachés au regard de quiconque ? Tressent-ils la trame de l’univers, ou celle de nos destinées ? Ils ont l’air si détachés de nos contingences. À cet instant ils semblent nourrir un parfait dédain pour cette activité de lecture qui nous occupe et nous laisse sans voix. Pourtant…
Voici que Christiane poursuit la lecture par le quatrième extrait. Une chambre d’hôtel, des policiers, un cadavre d’exposant félin… et là, dans un coin, plusieurs cages de transport où une maman observe hiératiquement ces humains, alors que ses chatons se blottissent contre elle. À cet instant, alors que le commissaire Ney se retrouve en tête à tête avec la maman Maine-Coon s’élève un miaulement impérieux qui se superpose à la voix de la lectrice. Derrière la porte un chat veut entendre ce passage et réclame qu’on lui ouvre. Nous autres humains trouvons cela comique, mais il entre majestueusement, nous tance de son regard altier et va s’installer au centre de la pièce pour écouter la fin de l’extrait. Ils sont comme ça les chats, plein d’à-propos et de condescendance avec leurs humains de compagnie.
La lecture finie, l’auteur se trouve assailli de questions. Certaines sont faciles et la réponse aisée, d’autres plus précises et la réponse n’est pas toujours aussi évidente qu’on pourrait le croire. Moment sympathique, convivial où parole et gourmandise font bon ménage.
Il est temps de poursuivre, voici qu’Anne prend place près du feu qui danse. Et sa voix dessine des flashes pleins de vie. Pensées qui voguent au gré des nuages, formes évanescentes qui se concrétisent. Crocodile mangeur d’homme au plein cœur de la Creuse, Marchand de Sable enterrant sa victime sous une plage nauséabonde, les petites vignettes prennent vie et créent le malaise de cette réalité qui soudain titille le fantastique.  Au milieu de cela, un inspecteur au seuil de la retraite et un capitaine de gendarmerie à la froide logique tentent, avec difficulté, de cerner l’identité d’un meurtrier récidiviste. Un lointain secret éclaire, mais si peu, la logique de cet enchaînement de meurtres. Un secret ou peut-être deux se logent au cœur de cette belle nouvelle écrite par Anne et intitulée : Un amour d’ange.
Après une phase d’échanges avec les auditeurs, notamment sur l’écriture mais aussi sur le rapport de certains d’entre eux avec les personnes en situation de handicap voici venue l’heure de se quitter. Lentement, comme à regret, nous prenons le chemin inverse vers nos voitures. Après la chaleur maternelle de cette pièce le froid extérieur nous rappelle que nous sommes toujours en hiver. Le ciel est dégagé et une superbe lune pleine surplombe les alentours, faisant pâlir les étoiles scintillantes. On se prend à quêter la couche de neige de la première lecture, et à craindre la vue d’une silhouette famélique se glissant d’ombre en ombre sur ses quatre pattes. L’abri de la voiture nous rassure. Alors, tandis que nous empruntons ces rues vides, que la chaleur envahit l’habitacle on savoure pleinement le bonheur d’avoir fait cette veillée.

mercredi 4 mars 2015

Lecture publique du roman À quoi rêvent les chats lorsque le printemps tarde.

Vendredi 6 mars aura lieu sous l'égide de l'association Air de Rien une lecture publique d'extraits significatifs de mon roman policier À quoi rêvent les chats lorsque le printemps tarde. Cette lecture se déroulera à L'Union dans la périphérie toulousaine, à 20 h 30. J'y serai bien entendu et répondrai aux questions de l'assistance.

Cette association propose aussi d'autres évènements tout au long de l'année. Tous renseignements et l'inscription  sur le site : http://airderien.wix.com/airderien#!evenements/c66t


lundi 2 février 2015

Interview du 31 janvier sur radio Présence

Le 31 janvier Philippe Nonie et Sylvie Etche ont eu la gentillesse de m'inviter à l'émission Un livre, un jour un auteur sur Radio Présence Lourdes. Je les en remercie et vous fais profiter à tous de ces instants sympathiques.
Bonne écoute;

https://www.youtube.com/watch?v=ali_EnbGIZc