dimanche 14 février 2016

Le feu sous la cendre, d'Anne Waddington.

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Le feu sous la cendre, est un recueil de sept nouvelles d'Anne Waddington paru aux éditions La plume d'Alain.

Quel fil rouge relie Adrien agent de Pôle Emploi, Pierre l'attardé mental, Marcel dont le fils est porté disparu pendant les combats de la Première Guerre mondiale, Annabelle qui sort d'une profonde dépression, le Pépé dans son hospice ou la vieille locomotive identifiée par le numéro 11 ? Celui de la vengeance. D'une vengeance froide, implacable qui prend le temps qu'il lui faut pour s'accomplir, irrémédiable. Dès lors, le titre, tiré d'une réplique de la tragédie Rodogunde de Pierre Corneille, prend tout son sens.  La passion, la haine la plus profonde ne s'éteint jamais. Elle attend juste son heure pour consumer celui qui a commis le mal comme la douleur a consumé la victime.

Ces sept récits habilement construits nous confrontent à nos propres délires. Qui n'a rêvé d'effacer un affront particulièrement humiliant d'une façon définitive ? Pardonner à nos offenseurs ? Certes, mais sans en égarer la liste. Un jour, tôt ou tard il faut passer à la caisse. Sans oublier les intérêts. Outre la délicieuse perversion que développe Anne Waddington dans les châtiments que ses personnages infligent aux agresseurs, elle excelle dans cet entre deux, qui d'une histoire pleinement ancrée dans la trivialité du quotidien glisse subrepticement vers une sorte de surnaturel évident. Comme si, à travers une faille imperceptible, le divin immanent venait réclamer son dû à l'humain qui s'est abandonné à l'hubris. Mais, tout le talent d'Anne Waddington c'est d'éviter la pesanteur dramatique, ses nouvelles sont empreintes d'un mélange équilibré d'humeur sarcastique et d'émotion contenue. Dansant sur cet équilibre fragile que jamais elle ne rompt, elle nous conduit à sa dernière histoire, véritable bijou de noirceur, où la rouerie d'une femme détruite efface éternellement jusqu'au souvenir de l'existence de son bourreau.

À lire avec délectation pour sa puissance cathartique. 


Le feu sous la cendre, d'Anne Waddington aux éditions La plume d'Alain.

Cette chronique a été diffusée le 6 février 2016 lors de l'émission Un jour, un livre, un auteur sur Radio Présence Lourdes.  

samedi 23 janvier 2016

L'Archange du Chaos, Dominique Sylvain

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La découverte du corps d'une inconnue dans une mise en scène macabre au fond d'une cave abandonnée semble indiquer l'émergence d'un nouveau tueur en série parisien. La commissaire divisionnaire Santini, femme ambitieuse et carriériste, confie l'enquête au groupe du commandant Bastien Carat, dans lequel sa protégée Franka Kehlmann vient de faire son entrée. La découverte d'un second corps dans une mise en scène identique confirme ses craintes. Carat et son équipe avancent laborieusement face à un tueur apparemment très bien renseigné sur leur enquête.

Dans cette longue quête Dominique Sylvain nous fait découvrir des personnages denses, empêtrés dans des relations difficiles. Il y est question d'ambition et de loyauté, de mensonges et de stratégies. Le groupe d'enquêteurs de Carat souffre. La mise à pied de Colin Mansour par Carat, son ami de très longue date, son jumeau presque, après un incident de trop a fragilisé le groupe et l'arrivée de Kehlmann trop proche de Christine Santini n'est pas de nature à apaiser les craintes. À qui va la loyauté du nouveau lieutenant ? A son groupe ou à sa protectrice ? Quel jeu joue désormais Mansour, libre d'interférer dans l'enquête ? Et le Chacal ? Spécialiste de la torture religieuse au Moyen Âge, alcoolique et père indigne, n'est-il qu'un consultant désintéressé ou un suspect très convainquant ? Avec intelligence l'auteure nous questionne. Elle montre la complexité de l'âme humaine. Ainsi, Kehlmann et l'Archange du Chaos deux victimes de violences pendant leur enfance ont-ils choisi des chemins différents, l'une cherche à rendre justice, l'autre se perd dans sa haine.

Dominique Sylvain nous livre ici un récit haletant, dont le rythme soutenu accroche le lecteur du début à la fin. L'écriture, sobre, distille au fil de petites vignettes impressionnistes constituant les 61 chapitres du livre une mosaïque creusant de façon incidente la psychologie et l'histoire des personnages. L'auteure conduit son lecteur de fausses pistes explosives en indices aguichants dans un labyrinthe angoissant, où même la découverte de l'identité de l’Archange du Chaos ne clôt pas le livre mais rebondit en une tragique dernière péripétie.

Un livre fort, de ceux qui nous procurent, devenus adultes, cette délicieuse sensation de peur profonde qui nous étreignait aux récits des contes de Perrault lorsque nous étions enfants. 

L'Archange du Chaos de Dominique Sylvain aux éditions Viviane Hamy.

Cette chronique a été diffusée le 23 janvier 2016 lors de l'émission Un jour, un livre, un auteur sur Radio Présence Lourdes. 

lundi 11 janvier 2016

Un battement d'Elle, Philippe Pourtalet

 
Avec "Un Battement d'Elle,  Philippe Pourtalet nous propose un roman biographique où il aborde la rencontre d'un père avec sa fille. Il s'agit en effet d'un récit à la première personne où Stéphane le père s'adresse à Ayana sa fille, et décrit pour nous, lecteurs, ses interrogations, ses peurs et ses émois face à elle. Parce qu'Ayana est différente, parce quelle est porteuse d'une maladie qui l'handicape lourdement. Mais, très rapidement, l'histoire place la situation de handicap au second plan pour se concentrer sur la découverte de l'altérité.

De fait, indépendamment de la pathologie, ce roman nous interpelle tous. Qui d'entre nous n'a pas vécu un moment de vertige en croisant le regard concentré de son propre enfant. Regard puisant dans un vécu intérieur dont nous ignorons tout. Et nous avons découvert à cet instant l'irréductible différence qui nous sépare de ce nouvel être en constitution. Un être qui nous échappe. Notre propre chair, notre propre sang qui nous contemple avec sa pensée singulière, à la fois si proche et si irrémédiablement étranger à nous.

Et c'est bien le fond de ce roman biographique, la quête éperdue d'une filiation qui poursuive la longue généalogie entamée des siècles avant nous, et la constatation que cette filiation nous est inconnue, parfois même incompréhensible. Parce que Stéphane se bat avec une énergie obstinée pour procréer, se prêtant (avec Coralie son amour absolu) à tous les protocoles médicaux qui assèchent l'acte d'amour en froide technique reproductrice, afin de parvenir à donner la vie, à projeter vers l'avenir sa semence pour prolonger cet arbre abstrait que constitue notre généalogie. Une longue épreuve réitérée avec foi, mais qui au bout du compte voit l'espoir de paternité se dérober invariablement, jusqu'à la rupture amoureuse par dépit ou par incapacité de vivre sans descendance. Puis, miracle, une rencontre fortuite, et sans crier gare l'étincelle de vie qui germe dans le sein de la nouvelle compagne. Le bonheur enfin. De courte durée, jusqu'à la découverte de la pathologie. Mais de nouveau le combat acharné, cette fois pour maintenir la vie si instable d'Ayana parmi nous. Ironie de l'existence qui replonge Stéphane dans le perpétuel recommencement, tel un moderne Sysiphe. Stéphane qui pourtant ne cède en rien de son inaltérable espérance.

Un roman étonnant, composé de petits éclats de vie qui structurent les deux chapitres, à la fois poignant par le destin tragique auquel est soumis le père, mais traversė de traits d'humour par la capacité de Stéphane/Philippe a trouver la distance salutaire face à cette tragédie. Un roman qui, d'une situation si particulière, sait nous projeter vers une réflexion beaucoup plus générale sur nos motivations de parents et notre incapacité à totalement cerner cet être auquel nous avons donné la vie.


Un Battement d'Elle par  Philippe Pourtalet, Éditions Arcane 17


Cette chronique a été diffusée le 7 janvier 2016 lors de l'émission Un jour, un livre, un auteur sur Radio Présence Lourdes.


samedi 2 janvier 2016

Bonne année 2016.

Voilà une année qui commence sur les chapeaux de roues pour votre serviteur. Même pas le temps de poster ses vœux aux lectrices et lecteurs qu'il doit déjà les informer de son actualité littéraire.
En effet j'étais invité aujourd'hui sur Radio Présence Lourdes avec mon confrère et ami Pierre Domengés pour parler de nos deux livres Jour de colère et Franco la Muerte, parus tous deux après l'été aux éditions Arcane 17.

Voici l'adresse où vous pourrez réentendre cette émission animée avec talent par Philippe Nonie.

https://youtu.be/sOnsUdp43js

Bonne écoute et au plaisir de lire vos réactions.



lundi 28 décembre 2015

La lumière de Lourdes, Regis-Marie de La Teyssonnière. Chronique

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Ce livre est le septième que le père de La Teyssonnière consacre à Lourdes. L'auteur nous livre 80 récits de quelques lignes a deux pages qu'il a recueillis non seulement sur le sanctuaire, mais surtout aux quatre coins du monde à l'occasion de ses missions apostoliques. S'ils semblent s'égrener comme les perles d'un chapelet, leur place ne doit rien au hasard car ils s'articulent en 15 chapitres qui partant de Lourdes et de l'appel que le jeune Regis-Marie reçut ici, traversent les continents en une gradation de moments simples et presque triviaux dont le père de La Teyssonnière perçoit, et nous dévoile, le sens sacré. S'il nous parle de l'activité quotidienne du prêtre et de ceux qui entourent les pèlerins, c'est aussi parce que sa conviction profonde est que les miracles ne sont jamais spectaculaires, mais se nichent humblement au sein du quotidien. L'humilité des témoins dont Regis-Marie de la Teyssonnière porte la voix se retrouve dans la simplicité de l'écriture. Pourtant ne nous y trompons pas, cette simplicité loin de nuire au dessein de l'auteur le conforte, laissant percevoir à travers les mots employés une émotion sincère, reflet conscient que l'essentiel du message est indicible, parce que lové au plus profond du cœur de chacune des personnes rencontrées.
Nous sommes loin d'une représentation du divin, ostentatoire, frappante, théâtrale. Bien au contraire l'auteur nous offre le témoignage d'une présence diffuse mais profonde, invisible mais concrète : celle de sa foi, partagée par tous ses interlocuteurs.

La Lumière de Lourdes, Regis-Marie de La Teyssonnière, éd. Livre ouvert.


Cette chronique a été diffusée le 26 décembre 2015 lors de l'émission Un jour, un livre, un auteur sur Radio Présence Lourdes.  

mardi 24 novembre 2015

Une invasion de truites, Yohann Vinay-Villanua. Chronique

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Les vacances d'été démarrent, Jean entre enfance et adolescence revient au pays. Il y retrouve non seulement sa famille, mais aussi d'autres jeunes de son âge. Ensemble ils vont pêcher la truite, traverser les pâturages et forêts pyrénéennes en aventuriers intrépides. Car dans ce beau roman, Yohann Vinay-Villanua nous emmène dans un voyage initiatique. Il nous conte, en une suite de saynètes à l'écriture alerte ce moment si particulier où l'enfance se meurt. Jean découvre soudain de premiers émois, affectifs certes, sexuels bien entendu, mais aussi quelque chose de plus profond comme un dessillement face à la vérité du monde. De la révélation de cette autoroute qui va déchirer la vallée paisible à l'écart du monde, à la rencontre de la bande de hippies qui squattent une vieille gare désaffectée, Yohann Vinay-Villanua nous plonge dans la lente métamorphose d'un petit garçon en adolescent révolté.
Soudain, le regard ingénu qu'il portait sur ces adultes qui l'entouraient s'aiguise et fait tomber les masques pour découvrir les failles et mensonges. Oscillant sans cesse entre une réalité trop belle pour être vraie, la description des fondrières ou d'une pêche bien peu honnête au cœur d'un torrent qui rappelle des éclats du Turbot de Günter Grass, et les songes aériens de Jean, l'auteur croise des fils et tisse un récit dont on sort avec ce goût étrange d'une nostalgie indicible.
En habitué des soulanes, en fin connaisseur de l'instinct des troupeaux Yohann Vinay-Villanua brosse de petits tableaux, qui bien que précis posent le lecteur au bord d'une frontière de l'imaginaire qu'il a tout loisir d'éviter ou de franchir.

Ce beau livre n'a pas eu de prix lors du Salon du Livre Pyrénéen, mais il mérite amplement d'être découvert et dégusté comme une madeleine en hommage aux enfants que nous avons oublié avoir été. 


Une invasion de truites, Yohann Vinay-Villanua, éditions Astobelarra. 


Cette chronique a été diffusée le 21 novembre 2015 lors de l'émission Un jour, un livre, un auteur sur Radio Présence Lourdes. 

lundi 16 novembre 2015

Beso de la Muerte, Gilles Vincent - Chronique.

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Lorsque le commissaire Roussel reçoit l'appel au secours de Claire, son ex compagne qui l'a quitté sans plus donner de nouvelles quatre ans auparavant, il ne se doute pas de la terrifiante machination qu'il va devoir affronter. Qu'a donc découvert de si important la jeune maître de conférences spécialiste de Garcia Lorca, le poète assassiné par les franquistes 70 ans plus tôt, qui mette sa vie ainsi que celle d'Esteban, son nouveau compagnon, en danger. Qui est l'énigmatique "El Capitan" dont l'ombre rôde autour des enquêteurs ? Mettant ses pas dans ceux de la commissaire Aïcha Sadia de la PJ de Marseille, Roussel va traverser le sud de la France de Pau à Marseille, Montpellier, une ancienne abbaye en pays basque avant de foncer vers Madrid et pour finir à Grenade, où git la dépouille perdue du poète supplicié.

Dans ce roman, fragmenté, à l'écriture nerveuse, Gilles Vincent construit patiemment un labyrinthe mortel autour de ses personnages. Le lecteur est invité, à l'instar des enquêteurs attachants, à résoudre une suite d'énigmes qui mettent en scène les participants à la chasse aux membres de l'ETA vingt ans plus tôt, ministres français et espagnols, para-militaires des GAL, réseaux fascistes  franco espagnols. L'auteur dissèque avec art les collusions politiques, aussi bien en France qu'en Espagne, il rappelle ainsi au lecteur français qui l'aurait oublié qu'au plus haut de l'État espagnol postérieur à la transition démocratique des bourreaux de la dictature sans états d'âme restent tapis  prêts à prendre leur sordide revanche. 


Beso de la Muerte, de Gilles Vincent aux éditions Jigal. 


Cette chronique a été diffusée le 14 novembre dans l'émission Un jour, un livre, un auteur sur Radio Présence Lourdes.