samedi 21 mars 2020

Cyber Games, Mark Zellweger


Qu’y a-t-il de commun entre une panne d’électricité à Oxford, l’enlèvement d’un ancien hacker travaillant désormais pour le Sword, service de renseignements indépendant installé en Suisse, le déraillement d’un train de marchandises transportant des matières sensibles au Canada, le crash du prototype d’un chasseur russe près de Moscou, puis celui d’un chasseur F-35B américain quelques jours plus tard ? Et pour quelle raison Pierre Bailly un ancien agent de la DGSE qui coule une retraite paisible au Maroc voit-il soudain réapparaître des barbouzes décidés à le tuer ?

C’est à une quête haletante de la vérité que nous convie Mark Zellweger, auteur helvétique rompu aux arcanes des services de renseignements et à leurs raisons d’état. Dans une écriture dépouillée l’auteur nous projette d’Oxford à Genève, du Maroc au cœur de l’Afrique noire, du Quatar à Tahiti en une course contre la montre, ou plutôt une course pour la survie. Si le Sword est au cœur de l’intrigue, le mobile de ces catastrophes en chaîne est, comme il se doit, soigneusement tapis derrière une suite de décors offrant autant de camouflages qui nécessitent une minutieuse mise en perspective pour ne pas s’y perdre. Un roman gigogne qui ravira les amateurs d’espionnage et ceux de thrillers.






Cyber Games, Mark Zellweger Éditions Eaux troubles.

Pris dans la toile, Cécile Callan.


Lorène Vivarelli, jeune artiste peintre de talent qui purge une peine de prison pour contrefaçon se voit proposer la liberté et la possibilité de recommencer sa vie en échange de son aide auprès du capitaine Nowak de la brigade mondaine. L’objectif de cette collaboration improbable : identifier un dangereux chef de réseau pédophile et libérer deux petites filles qu’il a enlevées quelques jours plus tôt. Deux seuls indices pour les enquêteurs : il est amateur d’art et chirurgien. C’est ainsi que de Biarritz à Florence, de Paris à Nice nos deux protagonistes devront composer avec le caractère de l’autre. Il faudra beaucoup de patience au taciturne Nowak pour supporter les états d’âme de l'imprévisible Vivarelli, et beaucoup de courage à celle-ci pour surmonter sa répugnance des flics et l’angoisse de cette traque dangereuse.

Cécile Callan signe ici un thriller charpenté qui oscillant entre les pensées des deux protagonistes principaux nous révèle par petites touches les blessures et les faiblesses de chacun. L’auteur développe avec érudition les enjeux techniques et les arcanes de la création picturale tout en ouvrant des pistes subsidiaires pour mieux perdre le lecteur dans un tableau où les plans se superposent dans des trompe-l’oeil dignes des grands maîtres de la Renaissance.
À déguster voluptueusement tout en sirotant un bon verre de Limoncello bien frappé.




Pris dans la toile, Cécile Callan aux Éditions Lucane.

vendredi 20 mars 2020

La compagnie des louves, Florence Rhodes


Elles sont quatre. Quatre femmes dans la quarantaine. Quatre amies d’enfance : Clara directrice d’une grande agence publicitaire, Clémence artiste dépressive, Maud chef de cabinet du ministre des finances et Denise femme au foyer. Elles sont inséparables affrontant en commun les aléas de l’existence comme les moments joyeux. Et ces quatre-là  personnifient à  merveille la devise des 3 Mousquetaires : Un pour tous, tous pour un. À tel point que maris ou enfants suivent le mouvement tels des pièces rapportées. Ce sont elles la Compagnie des louves. Jusqu’à ce jour de début janvier où Édouard le mari de Denise est sauvagement assassiné dans les cuisines de son restaurant à la mode. L'enquête est confiée au commandant Abel Hamelin qui avec son groupe d’enquêteurs va tenter d’identifier le coupable.
Raconté ainsi, on aurait l’impression d’un énième polar bien sage. En fait très rapidement le lecteur va plonger dans la complexité de ces différents personnages qui tous ont une part d’ombre à protéger, que ce soient les suspects comme les policiers. La belle amitié exclusive des « louves » est fragile, les rancœurs, les suspicions l’assaillent comme l’océan une falaise. La calme froideur d’Hamelin cache un secret douloureux qui le crucifie. Les enfants eux-mêmes sont loin de l’innocence attendue.

Avec ce premier roman, Florence Rhodes fait une entrée remarquée dans l’univers du roman noir, puisqu’elle vient d’être couronnée du prix Dora-Suarez. L’auteur multiplie les points de vue sur le moment crucial qui semble avoir noué le drame, elle explore d’une plume incisive les fêlures de chaque protagoniste, les petites peurs et les grandes angoisses métaphysiques. Le style est alerte, le rythme soutenu par un découpage précis comme la scansion d’une épopée homérique. Il y a du sang, du sexe et de la haine. Si le meurtre inaugural de cette Compagnie des louves ouvre la boîte de Pandore, Florence Rhodes ne déroge pas au mythe. Elle pose, bien caché derrière toute cette noirceur, un fragile espoir.




La compagnie des louves, Florence Rhodes aux éditions Caïman.

Après les chiens, Michèle Pedinielli


Nice de nos jours. Ghjulia Boccanera, dite Dioulia, détective privée qui vit un moment difficile après une agression, tombe sur le cadavre d’un jeune africain lors d’un jogging matinal. L’enquête est confiée au commandant Santucci, son ex-compagnon, qui lui conseille de s'occuper d'autre chose que de faire sa propre recherche de son côté. Heureusement pour Dioulia la mère d’une adolescente en fugue lui confie le soin de la retrouver. La découverte fortuite d’une chienne maltraitée va inciter Klara et Dagmar, un couple d’amies de Dioulia, vétérinaires à rechercher l’élevage sauvage  où l'animal a été martyrisé. De rencontres en tentatives d’intimidation, la détective réussira-t-elle à démêler les fils d’une enquête qui semble mélanger les trois histoires?

Michèle Pedinielli nous offre avec ce roman des retrouvailles avec son héroïne Dioulia, confrontée aux violences xénophobes qui frappent les malheureux réfugiés qui fuient les guerres.  Dans ce récit suprémacistes blancs, petits blancs aigris et voyous sans envergure tentent de contrer le travail de centaines de bénévoles mus par la compassion et l'esprit de justice. Se détachent alors les figures de Roger, le Maître, et de Marguerite d'un côté, de Melody adolescente paumée, d’une vedette de télé-réalité et de son frère de l’autre.

L’écriture est alerte, presque fiévreuse parfois. Elle accroche le lecteur dans cette quête désespérée et étouffante qui se déroule dans les paysages grandioses de Nice et ses environs. Le soleil et les plages cachent bien des noirceurs, le cliché mièvre d'une Côte d’Azur idyllique couvre pudiquement une violence latente. Un beau roman sur la justice et le besoin de ne jamais céder face à l’ignominie.









Après les chiens, Michèle Pedinielli aux Éditions l’Aube noire.

vendredi 28 février 2020

Le crépuscule des Justes, Georges-Patrick Gleize.

-->

Sainte-Colombe petit village endormi aux confins de l’Aude et de de l’Ariège abrite-t-il les réponses aux questions que se pose Roger Darmon ? En tous cas c'est ici que le quadragénaire vient enquêter sur François ce père qu’il n’a pas connu, et qui a disparu en juin 1962 près d’une des fermes en dehors du village. Un père dont il ignore tout à cause du silence obstiné de son grand-père maternel qui l’a élevé à la mort de sa mère. Débute alors une quête qui de confidences en découvertes fortuites va conduire Roger Darmon à explorer l’histoire locale entre 1942 et 1962.

À sa manière précise Georges-Patrick Gleize nous plonge dans une histoire à la fois singulière et universelle, celle de la recherche de ses racines et de la confrontation aux grandeurs et aux faiblesses de tous les humains. En fin historien l’auteur nous conduit avec gourmandise à la découverte de ces lieux qu’il connaît bien, autrefois bruissant de mille vies qui aujourd’hui languissent en ressassant leur nostalgie. Avec le crépuscule des Justes, Georges-Patrick Gleize nous offre une fois encore une belle histoire aux héros attachants. 

Le crépuscule des Justes de Georges Patrick Gleize, Calmann-Levy.

Cette chronique a été diffusée dans l'émission "Un jour, un livre, un auteur" sur Radio Présence Lourdes le . 

samedi 18 janvier 2020

Il minuscule, Philippe Pourtalet.

-->
Certains s’essayent au récit autobiographique en le romançant, Philippe Pourtalet se livre à une véritable anamnèse dans Il minuscule. Avec ce deuxième roman il poursuit l’exploration de ce qui construit l’existence humaine. Après Un battement d’elle, récit d’une quête obstinée de paternité qui d'échecs en désespoirs aboutira à la rencontre miraculeuse d’une enfant extra-ordinaire dont le lecteur se demande encore qui a élevé et éduqué l’autre du père ou de la fille, Il minuscule change la focale en s’intéressant aux moments fondateurs qui structurent la personnalité future.  Ici le Il en question, comme un miroir au Elle du précédent roman, est le narrateur qui va conduire son lecteur par une succession d’instantanés des prémices de sa naissance (savoureuse scène de la rencontre de ses géniteurs à Lourdes) à l'âge enfin adulte. Philippe Pourtalet réalise ici un beau récit de re-co-naissance, un écrit pour renaître à la pluralité des acteurs qui l’ont fait homme. Ce roman car bien que relatant des faits réels ce texte est un texte littéraire. Ce roman donc qui creuse ses racines dans la singularité de la vie de l’auteur, éclot dans l'universalité de l’Humain. Bien que le sujet soit Il le texte parle de nous, et nous invite à tourner nos regards reconnaissants vers ceux qui nous ont guidés.



Il minuscule de Philippe Pourtalet aux Éditions Arcane 17.

Cette chronique a été diffusée dans l'émission "Un jour, un livre, un auteur" sur Radio Présence Lourdes le 15 janvier 2020. 

mercredi 18 décembre 2019

Les pèlerins du diable, Frédéric Pons.

-->
Nous sommes à Lourdes, à quelques jours du 14 juillet et au plus fort des pèlerinages. Les attentats qui ont endeuillé la France sont encore dans toutes les mémoires, mais la vie s’écoule monotone et paisible dans la cité mariale qui semble loin de ces horreurs. Pourtant la petite phrase de défi lancée par Driss, un petit délinquant, au capitaine Payole va perturber le commandant divisionnaire Cabana. Et si la violence islamiste frappait la calme petite ville pyrénéenne ?

C’est sur cette hypothèse que Frédéric Pons construit l’intrigue de son roman. Il plonge le lecteur alternativement du côté de deux individus paumés que galvanise un recruteur auréolé de son passé chez Daesh, et les quelques policiers qui vont tenter de circonscrire le danger potentiel avec leurs maigres moyens. Le lieutenant Fournier, jeune femme ambitieuse, l’expérimenté capitaine Payole, ancien de la BAC paloise, le commandant Cabana, ex-militaire et croyant sincère, parviendront-ils à enrayer la mécanique diabolique qu’a concoctée Rachid le cerveau de ces pèlerins du diable ?

L’écriture de Frédéric Pons est nerveuse, simple, allant à l’essentiel. L’intrigue se déploie en aller-retour entre les deux camps pour dévoiler les techniques d’embrigadement et montrer la difficulté du dialogue. Le roman est fort bien documenté et entraine le lecteur dans une course contre la montre haletante qui le colle au livre. Un beau moment de lecture, qui en prime donne au lecteur des éléments de réflexion.

Les pèlerins du diable de Frédéric Pons, aux Éditions Calmann Lévy, collection territoires.

Cette chronique a été diffusée dans l'émission "Un jour, un livre, un auteur" sur Radio Présence Lourdes le 11 décembre 2019.