jeudi 27 juin 2019

Les vieux démons, Yves Carchon

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Fin 1960, les « évènements » comme on nomme pudiquement la guerre d’Algérie ont débordé sur le territoire métropolitain : ratonnades, attentats et exécutions sommaires se suivent avec de moins en moins de répit. Policiers, militants du FLN et leurs soutiens tombent sous les balles des deux camps. Mais jusqu’à présent seuls les sans-grade sont touchés. Or, les choses prennent une autre tournure lorsque Louis Gerbaut, puis Paul Cottard, deux hauts fonctionnaires de la DST sont égorgés en plein cœur de la capitale. Pour résoudre cette affaire la Crim’ fait appel à Paolo Fragoni, un jeune policier aux méthodes atypiques qui végète aux archives après un faux pas.
Accompagné de Duval un flic ayant vécu la période de l’Occupation il va devoir faire la part des choses entre le passé collaborationniste des deux victimes et leurs activités actuelles d’élimination des activistes de l’indépendance algérienne. Mais Fragoni n’est pas le seul à vouloir retrouver le meurtrier, à ses trousses il y a aussi des barbouzes du SAC et de la FPAP, un mouvement de supplétifs musulmans, et tout ce joli monde se déplace de Paris à Toulouse, puis Perpignan avant de se retrouver à Madrid.
Yves Carchon entraîne le lecteur avec brio des heures noires de l’Occupation à celles dramatiques qui voient la naissance de la Vème république et la fin de la guerre d’Algérie. L’auteur fait preuve d’une connaissance documentée de ces deux périodes, qui plonge le lecteur dans ce monde interlope des auxiliaires du pouvoir, faux démocrates mais vrais truands. Vieux flics rescapés de la collaboration, sortis du placard pour cause d’expérience dans la traque des communistes ou résistants et qui prospèrent dans des officines plus ou moins légales. C’est avec une plume tranchante qu’Yves Carchon nous happe, et sans nous laisser de répit nous conduit à l’acmé de ce récit tragique. À lire avec attention pour ne pas oublier qu’à défaut de rédemption seuls reviennent les vieux démons.


Les vieux démons, Yves Carchon aux Éditions Cairn.

mercredi 26 juin 2019

Le Dali noir, Yves Carchon

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Pourquoi Flora Zoltan qui fut modèle pour Picasso, Dali et Matisse dans les années 1920 fait-elle appel à Paolo Fragoni, vieux flic à la retraite pour retrouver un tableau qui lui a été dérobé ? Et quels liens étranges y a-t-il entre cette nonagénaire et les parents de Fragoni ? Poussé par la curiosité il accepte l’offre de la vieille égérie et va se retrouver très vite face à des adversaires coriaces et sans scrupules, car le tableau volé est convoité non seulement par la mafia catalane, mais aussi par une sombre organisation apocalyptique La Main Noire. C’est donc entre Collioure, Ceret et Perpignan que notre atypique enquêteur va démêler les fils d’une histoire bien complexe qui le confronte aux questions sans réponse de son enfance.

Yves Carchon saisit le lecteur dans les filets d’une intrigue sans temps morts qui par des allers retours entre les souvenirs du passé glorieux de trois géants qui ont révolutionné la peinture et les miasmes d’un temps présent nous offre une magnifique leçon d’histoire de l’Art, mais il interroge aussi l’acte de création et sa dimension parfois prophétique. À cette érudition plaisante l’auteur allie l’écriture ciselée dans une belle langue.
Avec le Dali Noir, Yves Carchon confirme son talent et nous offre une belle fresque au cœur de paysages magnifiques qui ne laissera personne indifférent.



Le Dali noir, Yves Carchon éditions Cairn.

Cette chronique a été diffusée dans l'émission "Un jour, un livre, un auteur" sur Radio Présence Lourdes le 26 Juin 2019. 

mardi 11 juin 2019

Marcher vers les cimes, Eldorando 2019

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Les cimes rebelles de Laurence Muguet.

Qu’est-ce qui peut bien conduire Khadija vers les cimes ? Qu’est-ce qui la fascine au point de quitter un père aimant et qu’elle aime, un ami d’enfance dont elle partage les sentiments ? Rompant avec la tradition marocaine et une existence toute tracée, la jeune fille se lance seule à l’assaut du Toubka le sommet de l’Atlas qui domine leur village, puis enhardie par la complicité d’un trio de randonneurs français elle se confronte à quelques sommets pyrénéens avant de parcourir le monde pour escalader des lieux extraordinaires.
Laurence Muguet nous brosse le portrait d’une jeune fille que porte une étrange fièvre que rien ne vient éteindre. Elle marche devant elle, consciente de délaisser les gens qui l’aiment et qu’elle aime. Elle marche poussée par une force impérieuse que l’auteure nous donne à sentir sans la déflorer. L'écriture de Laurence Muguet est nerveuse, allant à l’essentiel. Un beau roman sur la volonté et l’amour inconditionnel.

Les cimes rebelles, Laurence Muguet, éditions Gypaete.

Racine Carougne d’Amandine Monin.

Racine Carougne nous emmène en randonnée avec l’auteure et ses familiers en une pérégrination poétique à travers les Pyrénées.U Chemins et refuges, randonneurs, météo et états d'âme se déclinent à travers de jolis poèmes en prose. Une belle balade en apesanteur que nous proposent Amandine Monin et son éditeur Jacques Brémond dans un superbe objet-Livre.

Racine Carougne, Amadine Monin, éditions Jacques Brémond. 

Cette chronique a été diffusée dans l'émission "Un jour, un livre, un auteur" sur Radio Présence Lourdes le 8 Juin 2019 lors du direct depuis l'édition 2019 d'Eldorando à Arrens-Marsous.


jeudi 6 juin 2019

Superman ne volera plus de Gilbert D. Noguès

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Gus est un SDF comme il y en a tant désormais dans nos villes. Il a son coin préféré dans un quartier rupin de Toulouse. Un soir alors qu’il prépare sa couche, le carton d’un grand frigo, Superman atterrit de façon plutôt brutale sur son Caddie à quelques pas de lui. Et sans conteste le super héros est mort et bien mort. Qu’est-ce qui passe par la tête de Gus ? On l’ignore, mais voici qu’il décide de planquer le cadavre au grand dam de Jules César qui en compagnie d’autres personnages historiques se demandent où est passé le corps.
Et c’est là que commence pour Gus et son cadavre un étrange périple secondé de main de maître par Consuelo, une chanteuse plutôt enveloppée (euphémisme) et son chien Spartakus, Gégé un anarchiste spécialiste d’explosifs et Che brocanteur et bricoleur de génie.
Gilbert Djebel Noguès nous raconte avec un plaisir évident l'épopée improbable de cette petite bande d’illuminés bien décidés à redonner vie à la Révolution à défaut de pouvoir le faire avec le cadavre de Superman. L’auteur déploie une ironie mordante qui désamorce les situations tragiques, tout en rendant magnifiques ces pieds nickelés dérisoire. Gilbert Noguès ne peut cacher une tendresse profonde pour tous ces « laissés pour compte » de notre société de compétition déshumanisante. À lire absolument, et à brandir en criant : ¡ Hasta la Victoria siempre !


Superman ne volera plus de Gilbert D. Noguès, éditions Cairn. 


Cette chronique a été diffusée dans l'émission "Un jour, un livre, un auteur" sur Radio Présence Lourdes le  1er Juin 2019. 

mercredi 15 mai 2019

Une tache indélébile de Philippe Jarzaguet

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Le Commandant Antoine Brassac vient d’être nommé attaché de sécurité intérieure à Nicosie, capitale de l’ile de Chypre. Son ancien indicateur Rino dit « le maquereau » le contacte juste avant son départ de la PJ pour l’informer de la mise en place d’une nouvelle filière de trafic de drogue et d’êtres humains. Coïncidence ou coup de chance le double trafic est destiné à Chypre. Sur place le policier, en collaboration avec son homologue britannique d’une part et les autorités policières locales, va devoir faire preuve de perspicacité et surtout de beaucoup de doigté car face à lui les suspects sont légion. D'abord il y a deux jeunes braqueurs au QI de moule, ensuite Lakis, Andreas et Spyros trois honorables commerçants le jour, mais maîtres des nuits interlopes de la capitale chypriote ainsi qu'Arda ami d’enfance de Spyros ; le premier est chypriote turc, le second chypriote grec, enfin l'ex-général turc Erdem qui contrôle un réseau maffieux chypriote turc. Sans compter la présence énigmatique de la troublante assistante du procureur de la République Turque de Chypre Nord.
En une suite de brèves séquences qui nous introduisent auprès de chaque protagoniste, de Paris à Saint Domingue, de Marseille à Nicosie en passant par Madagascar l’auteur construit son récit comme un kaléidoscope aux couleurs exotiques. Petit à petit Philippe Jarzaguet élabore les pièces d’un piège mortel faisant monter la tension du lecteur. L'écriture est nerveuse, l’intrigue complexe et palpitante, le tout servi par une connaissance très précise des lieux et procédures. Un roman agréable à lire, parfait pour oublier ses soucis quotidiens.


Une tache indélébile de Philippe Jarzaguet, éditions Persée.

Cette chronique a été diffusée dans l'émission "Un jour, un livre, un auteur" sur Radio Présence Lourdes le  15 mai 2015.

dimanche 5 mai 2019

H.S. de François Salvaing

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H.S. Hors service, c’est la volonté politique qui de 1976 à 1984 conduira la sidérurgie lorraine à cette extrémité. François Salvaing nous décrit à travers le retour, 30 ans plus tard, sur un fait divers local la lente agonie de ce fleuron séculaire de l’industrie française. Le narrateur, ancien journaliste, revient vers des témoins privilégiés de l'époque pour poser le récit de cette histoire d’amour tragique. C’est ainsi que les nombreuses rencontres, près de la gare de l’Est à Paris, à Nancy, Metz ou dans les villes sinistrées du Pays Haut brossent un tableau douloureux des abandons, mensonges et trahisons qui ont détruit le tissu social d’une région entière, enjoignant aux femmes et hommes d'abandonner ce qui les constituait en tant que culture vivante sans le moindre égard pour la blessure que cet arrachement pouvait constituer.
C’est en journaliste rompu au croisement des témoignages que François Salvaing nous invite à cette plongée douloureuse. Son écriture précise cerne au plus près les faits dans ces discours pluriels, faisant émerger une réalité sociale agressée. Il restitue l’ambiance combative mais aussi la lente montée de la résignation face à ce que les chantres de la modernité présentent comme un destin inéluctable. Et c’est bien dans l'allégorie d’un double amour inacceptable et de fait voué à la destruction que l’auteur nous dévoile l’irruption du fatum dans le quotidien le plus banal. Un bel hommage à la résistance, malgré la dissymétrie des forces. Une œuvre nostalgique et poignante, d’une extraordinaire actualité car trente ans plus tard, le néolibéralisme triomphant n’a plus de ces pudeurs et frappe à visage découvert avec un cynisme arrogant.

 H.S. de François Salvaing aux éditions Arcane 17.

Cette chronique a été diffusée dans l'émission "Un jour, un livre, un auteur" sur Radio Présence Lourdes le  1er mai 2019. 

mercredi 24 avril 2019

Haine noire de Patrick Caujolle

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Nous sommes le premier Mai et Victor Rey lieutenant de police dans le 2° arrondissement de Paris entame une astreinte qu’il imagine ennuyeuse. Erreur, il va être confronté à un cambriolage plutôt inhabituel, puisqu’il s’agit d’un chantier de fouille archéologique préventive. L'objet du vol est peu banal puisu'il s'agit d'un cadavre, et pas n’importe quel cadavre. Il s’agit d’un pestiféré du XIV ème siècle. La mise en scène va le conduire à s’intéresser aux satanistes et conduire le jeune lieutenant de la capitale de France vers celle des Gaules. Là, sa piste se révèle plus dangereuse et grave que celle de quelques illuminés en noir, et va le conduire jusqu’à Toulouse….
Dans le même intervalle Céline Verger commandant à la Crim’ se voit confier l’affaire d’un corps décapité trouvé dans la Seine, et sa tête dans une benne à ordure d’un quartier chic. Quel lien entre ces deux affaires me direz-vous ? Pour le découvrir je vous incite à lire ce roman plein de rebondissements.


Magnifiquement maîtrisé le va-et-vient entre les deux récits construit insensiblement pour le lecteur une trame intrigante qui le pousse aux hypothèses les plus osées, souvent démenties par le résultats des enquêteurs, mais plus important encore l’immerge dans ce magma de poussées d'adrénaline et de crampe d’angoisse qui fait le quotidien des fonctionnaires de police. Ici pas de chichis, les états d'âme sont dévoilés sans honte ni fausse pudeur, et la victoire remportée sur le crime est une récompense parfaite.
Patrick Caujolle puise dans son expérience de policier les ingrédients savoureux qui pimentent ses romans, que ce soit dans la gouaille de ses héros du quotidien, comme dans la netteté des portraits de flics et des voyous, ou la précision chirurgicale des scènes de filature ou d’interpellation. Un vrai travail d’orfèvre qui n’est pas resté à quai.


Haine noire de Patrick Caujolle aux Éditions de Borée.

Cette chronique a été diffusée dans l'émission "Un jour, un livre, un auteur" sur Radio Présence Lourdes le  24 avril 2019.