Les vapeurs d’alcool
aidant, nous en étions venus à des confidences, d’autant plus faciles que nous
savions cette rencontre sans lendemain. Me voyant, grimacer sous la souffrance,
mon compagnon proposa de me soulager. Avec d’infinies précautions, il souleva
ma jambe blessée et enveloppa ma cheville de ses deux mains. La chaleur de ses
paumes était douce, puis elle monta graduellement s’achevant par des
picotements jusqu’au mollet d’un côté et l’extrémité des orteils de l’autre. Il
resta ainsi un long moment, puis il reposa doucement ma jambe sur le tabouret
où elle se trouvait auparavant. La chaleur persista, ainsi que les picotements
puis tout s’estompa.
Nous étions coupés du
monde, ou du moins le monde civilisé n’existait plus en dehors du cône étroit
que délimitaient les éclats changeants des flammes de l’âtre. Les bougies
avaient cessé de brûler, et toute la pièce hormis ce petit espace devant la cheminée
était plongée dans une ombre profonde. La chaleur qui émanait du feu
contrastait avec l’impression de froid glacial qui s’élevait dans notre dos.
Même les deux fenêtres semblaient donner sur un autre monde, ténébreux,
hyperboréen. Le noir le plus absolu régnait en dehors de la pièce. Jusqu’à la
neige qui semblait dépourvue de cette fluorescence si commune que diffusent en
halo caractéristique les champs enneigés. Nous étions entourés de ténèbres et
de bruits furtifs. Soudain, nous entendîmes au loin s’élever un hurlement aigu,
un long cri répercuté par l’écho, auquel vint répondre un second hurlement plus
près, puis plusieurs autres dans le lointain. C’étaient des loups qui s’appelaient,
regroupant la meute. Brutalement, la terreur ancestrale envahit mon esprit,
tandis qu’avec flegme mon compagnon, attisait les braises pour revigorer le
feu, puis y plaçait d’autres bûches.
Alors, se tournant
vers moi, il commença un long récit qui restera gravé dans mon esprit jusqu’à
ma dernière heure. Ce qu’il me décrivit durant cette longue nuit était terrifiant,
car il me dévoila des dangers qui nous guettent, hors de portée de notre
perception et pourtant d’une effroyable réalité. L’inconnu et ses semblables vivent
cachés au milieu des hommes depuis des millénaires, dotés de pouvoirs que les
autres humains n’ont pas. Génération après génération, ils attendent l’arrivée
des Temps Obscurs pour accomplir leur Mission. Il me parla ensuite, jusqu’aux
premières lueurs de l’aube des signes indiquant l’arrivée imminente de cet Âge
terrifiant. Ses paroles firent se hérisser mes cheveux et je sentis un souffle
maudit rôder autour de nous. L’abomination à laquelle nous sommes confrontés
transformait en d’aimables contes la peur des loups dont j’entendais les appels
angoissants au-dehors.
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