mardi 27 janvier 2015

Coup de cœur de lecteur 2

L.D.B.  roman par Philippe NONIE.

Que se passe-t-il donc au Bois-Joli-de-Martel ? C’est la question lancinante que se pose Stéphanie, qui vient de vivre une opération militaire traumatisante en Afghanistan. Rentrée provisoirement au pays pour enterrer ses parents décédés dans un accident de la route, elle décide d’aller ressourcer sa mémoire au domaine de ses grands parents. Elle veut juste écraser une feuille de tomate sous ses doigts pour retrouver l’odeur des jours heureux enfuis. L’incrédulité, la stupéfaction l’assaillent lorsqu’elle constate que son grand père mort depuis vingt ans travaille tranquillement dans son potager comme lorsqu’elle était enfant. Que sa grand-mère prépare le déjeuner et que dans le voisinage personne ne semble s’étonner de la résurrection de ces deux personnes.
Jouant habillement entre le rêve, les souvenirs et la réalité Philippe Nonie nous offre ici un roman initiatique au sens le plus noble du terme. Son écriture fine, précise, développe une envoutante poésie, renvoyant le lecteur à ses propres souvenirs d’enfance. Elle mêle soigneusement des fils apparemment disparates pour, au final, aboutir à une vérité ignorée de tous. Ce n’est qu’au bout du chemin, après avoir douté avec l’héroïne, souffert en sa compagnie que nous apparait enfin le sens énigmatique des trois lettres de l’acronyme formant le titre. Alors la mort et la résurrection, le rêve et la réalité, les souvenirs et l’amnésie ne s’opposent plus mais constituent l’essence même de nos destinées.   
Un très beau récit, au souffle romanesque qui m’a captivé de bout en bout.

L.D.B. est paru aux éditions Paul&Mike, 2014.

vendredi 23 janvier 2015

L'énigme de la rue des Brice à nouveau primé.

Visiblement mon roman, l'énigme de la rue des Brice, inspire les jurys. Après le Prix Léopold en décembre dernier, voici qu'il vient d'obtenir le Prix régional de l'auteur sans piston Midi-Pyrénées organisé par Édilivre. C'est une reconnaissance supplémentaire car le prix est décerné par un jury composé d'auteurs d'une autre région.
Désormais il est en lice pour le prix national, qui choisira parmi les 26 lauréats régionaux.
Je suis très honoré de cette nouvelle distinction, et particulièrement sous pression pour l'écriture en cours de mon roman suivant. Il s'agira de ne pas décevoir mes fidèles lecteurs, et de conquérir de nouveaux admirateurs du commissaire Ney.

description sur le site de l'éditeur
http://www.edilivre.com/l-enigme-de-la-rue-des-brice-1e74f45b1c.html#.VMJKQsZRXfY

Pour en lire un extrait
http://www.edilivre.com/frontwidget/preview/viewer/id/530968/

dimanche 11 janvier 2015

Jeudi 8 janvier Marche silencieuse « Je suis Charlie ».


Il est 17 h 20 j’arrive tranquillement place Verdun pour rejoindre le rassemblement silencieux qui est prévu dix minutes plus tard devant le siège de la Nouvelle République. La journée à été maussade, les terrasses des cafés n’accueillent que de rares courageux bravant la fraicheur. Ici, un garçon range les chaises inutiles et les cadenasse en prévision de la nuit. Là, le serveur dépose quelques consommations sur un guéridon bien protégé derrière un auvent. Plus loin, un groupe de badauds bavarde en regagnant l’arrêt où patiente un bus urbain. La vie normale d’une ville, semblable en cela à ces dizaines de soir de janvier où la clémence du temps à Tarbes donne l’illusion d’un printemps précoce. Mais ce soir, cette ambiance est plus grave, moins de groupes bruyants de collégiens assis sur les bancs, les conversations se font à voix plus mesurée. Est-ce ma tristesse et ma rage qui me font ainsi percevoir cette atmosphère ?
Comme pour renforcer cette impression de sérieux, voilà une longue colonne de lycéens et d’étudiants, compacte, décidée, qui se dirige sans hésitation vers la rue Bertrand Barère, notre lieu de rendez-vous. Nous contournons les deux motards qui barrent la voie et remontons vers la gare. Autour de moi quelques élèves ou étudiants, je n’arrive pas à me décider car ils ont l’âge d’être l’un ou l’autre, s’interpellent pour savoir où se situe un de leurs camarades qu’ils ont perdu lors de leur marche. Rapidement, il devient difficile d’avancer dans la rue où stationne une foule compacte aux traits tirés. Jeunes scolaires, salariés qui viennent de quitter leur entreprise, retraités, parents portant leurs enfants sur les épaules. La foule composite que j’ai l’habitude de rencontrer lors des manifs. Peut-être plus nombreuse que ce que je m’imaginais, pour cette petite préfecture. De ci, de là, des téléphones portables surgissent au-dessus des têtes pour immortaliser la présence en ce lieu et à cette occasion. Je me faufile parmi les attroupements en grande discussion, guettant la chaussée à la recherche d’un ami afin de partager cet instant avec lui, en pure perte. Revenu depuis peu à Tarbes, je suis au milieu d’une foule d’anonymes. Là bas, à Nancy, j’aurais déjà croisé trente ou quarante personnes connues : camarades syndicaux, collègues,  habitués de manifs dont je ne connais pas le nom ou simples voisins. Assez vite je suis freiné dans ma progression par la densité. Je me cale contre une porte d’immeuble et je poursuis ma quête de visages connus.
Sur la chaussée la foule s’est mise en mouvement, lentement. Presque piétinante, tant les gens sont proches les uns des autres. Je suis toujours sur le trottoir, perdu dans cette marée humaine. J’aperçois enfin une tête connue, j’appelle mais il discute avec un autre gars et n’entends rien. Je tente une sortie et tombe sur sa femme qui l’a perdu. Nous emboitons le pas, mais il n’est pas possible de progresser au sein de cette masse. Alors, nous suivons le flot puissant qui se dirige vers la Préfecture. Progressivement la nuit tombe, les réverbères s’allument. Nous marchons toujours, étroitement canalisés par nos voisins. Enfin, nous atteignons la longue esplanade devant la Préfecture. Nous nous avançons aussi loin que possible vers les grilles, derrière lesquelles, déjà, se sont installés les marcheurs de tête. Il y a des discours, que l’écho rend difficiles à comprendre. Madame la Préfète nous informe que nous sommes 15 000. Je pense avec ironie, que pour une fois les chiffres des organisateurs et ceux de la police seront identiques et non contestés, et j’imagine la Une de Charlie « Les cons ! On les a mis d’accord. » Les discours s’achèvent. Le rassemblement est fini, la dislocation va commencer. 
Spontanément une salve d’applaudissements s’élève, puis s’éteint à notre niveau. Alors, phénomène étrange, nous en arrive l’écho. Il me faut un certain temps pour réaliser qu’en fait c’est cette unique première salve qui parcours la foule, depuis cette place jusqu’à ses derniers rangs. Comme une vague qui traverse l’océan d’une rive continentale à l’autre. Nous l’entendons progresser de rang en rang, s’éloignant de nous, se répercutant sur les façades des rues que nous avons longées. Nous l’entendons décroitre et glisser vers l’arrière, parcourir rues et ruelles. Prenant conscience du temps qui s’écoule sans qu’elle s’éteigne, ce chiffre de 15000, dans toute son abstraction, devient une réalité palpable. Soudain, nous sentons physiquement combien nous sommes nombreux, et nous savons, là, viscéralement, que les enfants de la bête immonde n’ont pas gagné. Toujours triste, mais serein et empli d’une force nouvelle je suis la foule qui progressivement se disperse.

mercredi 10 décembre 2014

Un dimanche de décembre a Lunéville.

La veille les services météorologique avaient annoncé de la neige, pourtant au réveil le bleu du ciel le disputait à quelques nuages bas. L'air frais, lui-même, laissait percer une légère note de tiédeur inattendue. L'autoroute était peu fréquentée. Dame ! Un dimanche matin d'hiver aux aurores les gens normaux sont encore au lit. Les rues de Lunéville sont désertes. Quelques quidam matinaux patientent à la porte du Monoprix encore fermé. De l'autre côté de la place Léopold règne une activité anormale. Des voitures s'arrêtent, les conducteurs se saisissent de cartons dans les coffres avant de s'engouffrer sous un porche monumental. Puis, quelques minutes plus tard ils en ressortent avant de s'échapper rapidement vers le parking voisin. Si vous êtes curieux, vous constaterez qu'après le porche un escalier monumental vous accueille, les marches bordées de part et d'autre par de nombreux portraits. L'empruntant vous arriverez au premier étage où le grand salon d'honneur se pare de longues tables tendues de bleu ou de rouge.

Là, les organisateurs vous prennent en charge chaleureusement pour vous diriger vers l'emplacement surmonté de votre photo. Alors, fébrilement, vous déballez vos ouvrages, tentant avec plus ou moins de bonheur de les mettre en valeur. Rapidement, vous voilà entouré d'autres personnages aussi impressionnés que vous. Parce que vous êtes arrivé tôt, vous trompez l'attente des premiers visiteurs en entamant la conversation avec ces voisins immédiats. Mais, vous pouvez aussi rejoindre le bar où une organisatrice vous propose aimablement du café ou du thé, accompagné de viennoiseries au fumet alléchant. Là encore, d'autres inconnus, en majorité aussi intimidés que vous, entament la conversation comme un rituel immuable destiné à briser la solitude réciproque. L'heure tourne, la grande galerie se prépare pour les premiers visiteurs qui ne vont pas tarder à arpenter les allées désormais bruyantes.

Ce matin-là il y a moins de monde que d'habitude. Cependant, les chalands sont plus curieux et rapidement les apartés se concluent en signatures, au grand dam de mes deux voisins immédiats. Comme souvent, le public arrive par vagues. Telle une marée terrestre il glisse entre les tables, en groupes denses dont le sillage se raréfie. Ces masses compactes tournent d'une travée à l'autre, avançant plus ou moins vite. Parfois, un ressac soudain produit une petite cohue, quand deux ou trois individus, captés par une couverture ou un titre s'arrêtent, reviennent en arrière pour mieux voir. Sinon, cette marée abandonne chemin faisant une laisse composée de quelques personnages qui se fixent à une table pour longuement admirer, soupeser, caresser des livres qui les ont attirés.

Autre rituel se déroulant presqu'en fin de matinée : la visite des officiels. Benoit, le président du Cercle Léopold organisateur du salon, accompagne maire, président de communauté de communes et sous-préfète d'un auteur a l'autre pour bien détailler les mérites de chacun. Poignées de main protocolaires, sourires de circonstances et, parfois ici ou là, l'éclat inattendu d'une rencontre dans les yeux de l'un ou l'autre des officiels. Complicité face à un titre, étonnement d'une couverture ou simplement sympathie spontanée que soulignent la poignée de main qui se prolonge, le regard rieur qui s'attarde.

Après le repas, retour à la table de signature. Là, c'est plus calme. Les seules personnes qui errent dans les allées du Salon sont des auteurs qui ont déjeuné et font preuve de curiosité vis-à-vis d'autres confrères. Par la haute fenêtre dans mon dos quelques rayons de soleil paresseux viennent se poser sur mon épaule. La douceur ambiante et la digestion me plongent dans une somnolence béate. C'est l'heure de la sieste, yeux ouverts mon esprit erre bercé par le bavardage primesautier de Nicole ma voisine et d'Isabelle à ses côtés.
Soudain, le niveau sonore monte un peu, troublant ma sieste. Voici venir les visiteurs de l'après midi. Lentement une foule bruyante envahit les allées. Certains passent en trombe, tandis que d'autres prennent le temps de s'arrêter pour parler avec les auteurs. Quelques enfants s'approchent, curieux, fixant avec perplexité le Maine-Coon en couverture d'un roman. La foule est un peu plus dense que le matin, cependant de grands vides dépeuplent l'espace à certains moments.

La journée touche à sa fin. Peu à peu l'affluence se raréfie, le ciel s'assombrit graduellement. La nuit ne va pas tarder à tomber. Les grands lustres jettent une lumière jaune dans le vaste salon. Quelques exposants plient déjà bagage, tandis qu'une légère fébrilité s'empare de l'assistance restante. Ce sera bientôt l'heure de la proclamation des prix. Nous nous regardons supputant les chances des uns et des autres d'être l'heureux lauréat. Le président bat le rappel, la troupe des bénévoles sans qui cette manifestation ne pourrait se tenir se presse sur la petite scène. Discours officiels, remerciements aux une et aux autres. La traditionnelle litanie s'égrène lentement. Ici ou là, des auteurs cachent mal leur nervosité par de fréquents changements de posture. Voici enfin l'annonce des résultats des délibérations : Prix de la ville de Lunéville à Marie-France Beitscher, Prix de la Médiathèque de l'Orangerie à Pierre Stolze, Prix Leopold du roman policier à l'auteur de ces lignes. D'abord l'étonnement, ensuite la joie immense de voir reconnaître le travail de cette année littéraire, enfin la fierté d'être distingué parmi les nombreux auteurs talentueux présents.
La journée s'achève sur le vague souvenir du pot de clôture, tout emmêlé de sentiments confus. Juste cette impression de cohue sympathique autour des trois auteurs primés, et le bonheur partagé avec d'autres auteurs concurrents ou non d'un moment clé dans sa vie. Je quitte enfin cette assemblée joyeuse avec la conscience aiguë que ce prix n'est pas un aboutissement, mais le signe qu'il me faut redoubler de travail et de rigueur pour ne pas cesser d'en être digne.


mardi 9 décembre 2014

L'énigme de la rue des Brice primé

Extraordinaire surprise dimanche à Lunéville où je dédicaçais "L'énigme de la rue des Brice" lors du Salon Lunélivre. Mon dernier roman a obtenu le Prix Léopold, qui récompense les romans policiers. Grande émotion, ainsi qu'un énorme bonheur de cette reconnaissance du travail réalisé. Pour autant, j'ai pleinement conscience de la responsabilité de ne pas décevoir mes lecteurs pour les prochains romans. Un nouveau challenge, et non une chose acquise. Cela me donne d'autant plus d'ardeur dans le travail d'écriture du nouveau "Commissaire Ney" en cours.
Un grand merci au Jury de Lunélivre, mais aussi à mes fidèles lectrices/eurs.

Je posterai un peu plus tard dans la semaine un petit billet d'ambiance sur cette manifestation.

lundi 1 décembre 2014

Quelques signatures

Je serai dimanche 7 décembre au Salon des Halles, Place Léopold à Lunéville de 10h à 19h pour l'édition 2014 de Lunélivre, consacré cette anéne encore au roman policier.
J'espère y voir nombreux mes amis lorrains.

Je serai aussi le vendredi 12 décembre à l'Espace Culturel E. Leclerc du Centre Commercial Méridien à Ibos à côté de Tarbes, pour une signature entre 15 h et 19 h. Là ce sont mes amis pyrénéens qui sont les bienvenus.

À très bientôt.

lundi 17 novembre 2014

Coup de cœur de lecteur 1

-->Le cri du Toucan  par Sylvie Etche

On dit souvent que la réalité dépasse la fiction, mais il est toujours difficile de transformer une histoire vraie en roman. C’est ce pari qu’a fait Sylvie Etche, et ce pari est réussi.
Au début cela ressemble à l’histoire banale d’une amitié inattendue, qui va vite se transformer en une sorte de passion (dans le double sens du terme) « amoureuse ». Amitié inattendue parce que Louison est un être renfermé et « asocial » tandis que Sylvie, la narratrice est timide. A priori, rien ne destinait ces deux femmes à une relation si intense et … douloureuse. Dans un contexte banal - la vie quotidienne d’un centre d’équitation qui se concrétise, les coups de main de bénévoles pour donner vie à un projet sans le sou, les plaisirs découverts par les uns ou les autres, les coups de gueule inévitables dans toute situation de groupe – l’auteur va progressivement immerger le lecteur dans une sorte de thriller prenant, qu’il est difficile de quitter avant la dernière page.
Et c’est là tout le talent de Sylvie Etche, brosser de façon pointilliste, méticuleuse, le déroulement d’un processus qui derrière sa banalité apparente se structure en une tragédie. Son écriture simple et limpide produit, sans avoir l’air d’y toucher, une tension dramatique qui ne cesse de croître jusqu’à l’acmé finale. En une progression inexorable, se dessine un chemin de croix pour le petit groupe de personnages. Certains souffrent plus que d’autres, mais tous sont d’une façon ou d’une autre engagés dans cette « passion » au sens douloureux du terme. La force du récit est aussi dans cette objectivation du rôle de chacun dans cette histoire. Loin d’une rancœur délétère, l’auteur donne à voir la souffrance de chacun. Et même le personnage le plus violemment destructeur, parce que pathétique dans ses actes suicidaires, suscite une compassion navrée du lecteur.
Un très beau livre qui, au-delà de sa contextualité, nous parle de sentiments et de comportements humains universels. En cela, il est plus qu’un simple témoignage. Il est une vraie œuvre littéraire.
 Le cri du Toucan par Sylvie Etche vient de paraître chez Edilivre.